La littérature populaire, un genre sous estimé.

Depuis quelques semaines, je vois de plus en plus de personnes écrire sur un sujet qui nous touche tous en tant que lecteurs : la critique de nos lectures. Je vous renvoie à ce très bon article d’Ada de La tournée des livres et à celui du Joli des Jolis Choux Moustachus. Car pour certaines élites, la littérature est un art à part, que seul certains écrivains sont capables de créer. Le plus souvent, ils font référence à des auteurs disparus ou peu connus du grand public. Des prix sont mis en place pour primer ceux que l’on considère comme des écrivains exceptionnels. Certes il y a, parmi tous les écrivains de ce monde, des talents incontestés qu’il faut mettre en avant car ils sont moins publiés que d’autres ; cependant, pourquoi décrier une littérature que l’on voit comme populaire ?

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(J’ai parfois l’impression que les critiques littéraires se croient dans un film en noir et blanc)

Je me suis demandée ce qu’était la littérature populaire. Après quelques recherches, je suis tombée sur cet article (dont je vous conseille la lecture) qui nous informe que :

« […] en France, pendant plusieurs siècles, le public aristocratique a partagé avec le peuple un goût pour le merveilleux des romans médiévaux. Mais, au XIXe s. et encore aujourd’hui, la littérature populaire a été souvent condamnée comme une littérature mercantile, présentant des personnages sans épaisseur et sans vraisemblance à travers des intrigues et un style stéréotypés. »

On considère donc que les romans populaires sont moins bien écris, les scénarios moins aboutis et surtout qu’ils sont publiés dans le but d’engranger de l’argent. Si je conviens que nombre des romans à succès peuvent être considérés comme tels, jamais je ne les mépriserais.

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(Meilleure réflexion ever)

Il ne faut pas oublier que ce qui a permit à la littérature que l’on considère aujourd’hui comme « populaire » de se démocratiser, c’est le roman. Auparavant, les genres qui étaient les plus prisés en pour la lecture ou le divertissement étaient le théâtre, la poésie, les contes, etc, souvent réservés à une certaine catégorie sociale. Mais au XIXe siècle, le roman gagne ses lettres de noblesse et ouvre de nouvelles perspectives au récit. Dans un précédent article, je faisais référence à Dumas et Balzac, considérés à leur époque comme des auteurs populaires. Ils écrivaient des romans feuilletons qui étaient publiés dans les journaux sous forme de chapitres, dont la fin donnait terriblement envie de lire la suite. Le « cliffhanger » fut inventé par Thomas Hardy (auteur de renom) qui, pour l’un de ses ouvrages, termine un chapitre sur un personnage prêt à tomber d’une falaise. Ce procédé, qui est aujourd’hui exploité partout ailleurs (le cinéma, les séries TV, certains reportages, etc), découle de la littérature populaire de l’époque. Des techniques d’écriture, des œuvres magistrales, des genres littéraires sont nés de cette littérature dite « populaire ». Ainsi, popularisé par les journaux à travers les romans-feuilletons, cette littérature s’est « créée » comme on l’entend aujourd’hui.

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(Moi quand je m’installe pépouze avec un bon roman populaire)

La base d’un roman populaire est de divertir ses lecteurs. Il s’agit avant tout de capter leur attention par des procédés littéraires plus simples, des histoires fortes mais accessibles, du suspens et des dialogues qui sont proches de ceux que l’on connait dans la réalité. Il ne s’agit pas, selon moi, d’une sous littérature, bien au contraire. Elle permet à tout un chacun de lire, et cela peut nous amener vers d’autres littératures, d’autres écrivains plus complexes. Cela éveille notre curiosité. N’oublions pas que grâce à la littérature populaire, de nombreux genres ont vu le jour comme la science-fiction, le roman policier, le roman sentimental, le roman historique (coucou Les Trois Mousquetaires), etc. Aujourd’hui, ce que l’élitisme considère comme de la « vraie » littérature (celle qui selon Télérama permet de s’élever) se résume souvent aux pérégrinations d’une personne sur sa vie et le pourquoi de celle-ci. Qu’est ce que cela nous apprend ? Pas grand-chose… Pour autant, force est de constater que certains auteurs témoignent de leur époque, analyse la société et pointent du doigt les inégalités. Tout comme Dickens, publié dans les journaux, auteur de littérature populaire.

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(Quand je me rends compte que ma lecture est remplie de procédés littéraires complexes)

Alors au final, y’a-t-il véritablement un débat ? Ou est-ce simplement un combat historique entre ceux qui se considèrent comme l’aristocratie littéraire, face au petit peuple de lecteurs ? Je ne dis pas que toute la littérature populaire est formidable. Je ne considère pas que 50 nuances de Grey soit comparable à Dumas. Mais, je considère que ce genre peut amener à découvrir d’autres auteurs et d’autres oeuvres, au fur et à mesure de la lecture. D’Harry Potter, lecture jeunesse, on peut arriver à Alain Damasio. De Marc Levy, on peut arriver à Carlos Ruiz Zafon. On peut apprendre à aimer la lecture et à entretenir sa curiosité grâce à celle-ci, ce qui est plus difficile avec une œuvre écrite uniquement pour qu’on analyse ses procédés littéraires.

N’oublions pas que Au revoir là-haut, écrit par un auteur de polars, un genre populaire, a reçu le prix Goncourt en 2013. N’est-ce pas là une preuve que la littérature dite populaire peut être reconnue comme importante par tous ?

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(Big up aux gens pipous)

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2 commentaires sur “La littérature populaire, un genre sous estimé.

  1. Merci d’avoir mis le lien de mon article ! De toute façon, je suis complètement d’accord avec toi ! Des écrivains hautement reconnus ne l’étaient pas avant (je vais rajouter un en plus de ceux que tu mentionnes Emile Zola) et la donne a changé… D’ailleurs, Zola n’est pas hyper compliqué à lire… à condition qu’on ait l’habitude de lire ! D’ailleurs, on m’a rétorqué (mais pas sur mon blog) que Zola était facile à lire, et que ce n’était pas un bon exemple d’écrivains hardcores (ah ben désolée, hein). Mon article est nul ! Non mais Zola ne sera pas simple à lire pour tout le monde… D’ailleurs, je ne le trouve pas difficile à lire, mais ses romans sont denses ! Ca peut être décourageant pour certains…

    Et fais gaffe, les élitistes vont te dire qu’Alain Damasio et Carlos Ruiz Zafon, ce n’est pas suffisant car ce sont aussi des auteurs populaires 😛 (je les connais par coeur)

    Aimé par 1 personne

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